Shiva Ratri et nuit surréaliste à Varanasi – dimanche 19 février 2012

19 février 2013 § Poster un commentaire

Shiva Ratri, Varanasi

6 a.m.
Je me lève aux aurores pour la balade en bateau dont Sanjay, le patron de l’hôtel, m’a parlé hier. Quand j’arrive en bas de mon hôtel, personne, ni Sanjay, ni touristes. Je discute avec un hollandais assis sur les marches, il me propose de m’accompagner jusqu’à l’endroit d’où partent les bateaux ; je n’aurai qu’à me joindre à un groupe. Sur le chemin, on sympathise, il s’appelle Mario, il est prof de yoga, il m’explique qu’il a passé la fin de la nuit sur les marches du Sita Guest House parce que son hôtel était fermé quand il est rentré, un peu tard, hier soir. Finalement, on est rejoints par les deux amis avec qui il voyage, et son guide, Vijay, un jeune indien qu’il connaît depuis plusieurs années, et on part tous les cinq en bateau.

barque sur le Gange au lever du jour, Varanasibarque sur le Gange au lever du jour, Varanasi

Au lieu de faire le trajet apparemment habituel, c’est-à-dire descendre le Gange du nord vers le sud ou l’inverse, on va directement sur l’autre rive, où se trouve une étendue de sable à perte de vue. On marche sur le sable, puis apparaît un paysage verdoyant, arbres, champs, et, au loin, un village. On croise des femmes qui marchent avec des sacs énormes et enveloppés de tissus colorés sur leur tête. A l’intérieur des sacs, ce sont des bouses de vaches séchées qu’elles vont vendre en ville. Les indiens s’en servent pour faire cuire les shapati (pain indien).

Varanasi vue de l'autre rive

Varanasi vue de l’autre rive

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9 a.m.
De retour sur l’autre rive, on va prendre un breakfast dans un petit resto bien caché dans les ruelles tortueuses derrière les ghâts. Chai et pancake bananes-miel pour moi. On est assis sur la terrasse, il fait déjà très chaud. Puis j’abandonne mes compagnons pour aller faire un peu de shopping. Il y a tellement de jolies choses à vendre partout à des prix très bas, sacs, sarouels, foulards, couvertures de toutes les couleurs, sandales, bijoux, musique, on a envie de tout acheter. Je m’offre un sarouel jaune, des sandales en cuir et des bracelets de cheville, et je tombe sur Vijay, notre guide de ce matin ; il m’emmène dans un magasin de soie où on me fait asseoir avec un chai et on me sort tout un tas d’étoffes de toutes les couleurs et de tous les types. Je repère ce qui me plaît pour offrir à ma famille, je repasserai cet après-midi.

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7 p.m.
Resto avec Mario et ses deux amis, plus un français, Sylvain, que Mario vient de rencontrer dans le temple bouddhiste à côté de son hôtel. Il est en Inde depuis deux mois, il revient de Daramsala où il est allé voir le Dalaï-Lama. En France, il est ostéopathe et pratique aussi d’autres disciplines paramédicales qui « soignent le corps avec l’esprit ». Il utilise notamment des techniques de méditation, il soigne avec le chant, en chantant avec ses patients des “om” à différents niveaux du corps et sur différents tons. (« om » est un mantra bouddhiste et hindouiste, on l’appelle aussi « vibration vitale », cette syllabe est considérée comme le son originel, à partir duquel l’univers se serait structuré.) On aura droit à un petit aperçu de sa technique plus tard dans la soirée.

9 p.m.
En sortant du restaurant, on se dirige vers les ghâts où on prend un véritable bain de foule. C’est la Shiva Ratri, une fête religieuse équivalant à Noël chez les chrétiens. Comme l’explique le site du consulat du Népal, « Shiva Ratri est la nuit du seigneur Shiva, durant laquelle il se créa lui-même par sa propre grâce divine. Et tous les hindous du monde célèbrent ce jour avec beaucoup de zèle et d’enthousiasme. Shiva Ratri signifie littéralement « La nuit consacrée à Shiva ». »

Les rues sont noires de monde. On m’explique que cette nuit, tous les hommes non mariés vont marcher le long du Gange vers le sud, et ils feront le tour de la ville à pied jusqu’au matin. Mario, Sylvain et moi on marche avec eux, on se dirige vers la guest house de Sylvain où ses colocs s’apprêtent à partir à Assi Ghât, le point de rassemblement de tout le mouvement. Pendant qu’on marche, les indiens qui nous entourent, majoritairement des ados de quinze, seize ans, commencent à être un peu oppressants, un peu chauds, et surtout complètement bourrés. Une américaine paniquée qui était seule au milieu de tous ces mâles en rut nous demande si elle peut se joindre à nous. On croise un jeune roots américain qui nous dit de ne pas aller par là, sa copine s’est fait agresser, ils sont vraiment chauds, ça risque de dégénérer.
On monte à la guest house de Sylvain. C’est un vieux bâtiment ; on entre dans la cuisine, des gens y dorment par terre ; on sort pour monter sur le toit, où il y a une sorte de terrasse ; des jeunes de plusieurs nationalités y sont assis, Sylvain apporte son djembé, un autre a une guitare, ils se mettent à jouer. En dessous de nous, des milliers d’indiens défilent le long des ghâts. Puis Sylvain nous invite, Mario, l’américaine et moi, à nous mettre en cercle, et tous les quatre, guidés par Sylvain, on commence une séance de méditation chantée. La scène est surréaliste.

Varanasi by night

Il est tard, les rues sont à présent vides, et je tombe de sommeil. Sylvain me raccompagne jusqu’à mon hôtel. Dans les rues étroites, on croise un mendiant endormi de ci de là, et des vaches en plein milieu du passage, endormies aussi. On se fraye un chemin en les enjambant et en essayant de ne pas les réveiller et de ne pas glisser sur une bouse. Arrivés à l’hôtel, ce dernier est fermé, et j’ai beau frapper, le gardien qui dort sur un lit de camp dans le hall ne m’entend pas. On prend le chemin de la guest house de Sylvain.
Alors qu’on longe les ghâts, un Sadhû nous interpelle. Il est assis sous une tente (deux piquets et une toile tendue au-dessus de sa tête), en tailleur, enveloppé dans une couverture. Il souhaite nous faire partager sa sagesse, c’est un grand honneur. (Par contre, la pipe de hasch qu’il fume, il ne la partage pas.) Il nous parle de religion pendant une demi-heure. Je suis fatiguée, je ne comprends rien à ce qu’il raconte, dommage ! Je comprends que la conversation est terminée quand Sylvain se lève et le salue d’un “Namaste” en joignant les mains. Je fais de même.
Mon comparse n’a décidément pas envie de rentrer. Il m’entraîne au bord du Gange où on trempe nos mains, nos pieds et notre visage. On se purifie dans cette eau où les Hindous jettent leurs morts. Je n’aurais jamais pensé à faire ça avant de venir ici. On invoque le divin en nous en se concentrant sur l’unité et l’amour universels. Et là, je ne me dis pas « je joue le jeu », je le fais avec sincérité. Je me sens bien.
Retour à la guest house, où je me glisse dans un duvet entre une hongroise et un anglais, dans une minuscule pièce tout en haut de la maison, où cinq personnes dorment les unes contre les autres. J’ai l’impression d’être dans une cabane au fond des bois, je m’endors dans cet abri du fin fond de l’Inde, dans le berceau de l’humanité.
Ils se réveillent tous à cinq heures du matin pour aller se baigner dans le Gange. Parmi eux, il y a une fille, une blanche de vingt ans, qui s’est rasé les cheveux pour les donner en offrande aux divinités. Qui sont ces gens si jeunes en quête de spiritualité, d’où sortent-ils ? Je n’en ai jamais croisé des comme ça ailleurs.

VaranasiVaranasi

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