Le féminisme version indienne

16 février 2012 § Poster un commentaire

Je profite de mon voyage en Inde pour explorer la condition des femmes au delà de nos frontières hexagonales et de l’occident. Voici la traduction partielle d’un article du ELLE India du mois de février 2012, écrit par Chinmayee Manjunath. Le titre, « Liberty, equality, sorority », est difficile à traduire : « sorority » signifie sororité, terme peu utilisé dans la langue française, et désigne une attitude, un lien de solidarité féminine, de la même manière que la fraternité chez les hommes.

Cet article fait miraculeusement écho à mon dernier article publié, « Les magazines féminins nous veulent du bien. » La version indienne du féminisme apparaît, à travers l’article ci-dessous, plus pragmatique et plus « humain » : non, être une féministe ne signifie pas être une superwoman, au contraire !

 » Le mouvement des femmes a débuté en Inde dans les années 1920, dans la continuité du mouvement pour les réformes sociales. Les années 70 ont vu la montée des organisations dans l’ensemble de l’Inde, qui à la fin de cette décennie se sont divisées en plus petites traitant chacune de questions spécifiques. Mais l’Inde, aujourd’hui plus que jamais, est un pays qui vit entre deux siècles ; ici, avoir accès à des toilettes est un triomphe pour une femme dans un village, alors que la citadine active se heurte au plafond de verre. Alors à quoi ressemble la féministe indienne aujourd’hui ? D’où vient-elle ? Et où va-t-elle ?

(…)

Au cours des 30 dernières années, 12 millions de filles ont peut-être été avortées par des Indiens instruits, selon une étude menée par le Centre for Global Health Research à Toronto, au Canada. En 2009, 8 839 cas de violences contre des femmes ont été enregistrés ; 7 698 cas ont été enregistrés en 2008. Le Spencer Stuart India Board Index 2010, qui donne un aperçu des pratiques d’administration des entreprises indiennes, indique que les femmes représentent 4,8 % du nombre total de directeurs dans les conseils d’administration des entreprises. Ce chiffre a baissé de 0,9 % par rapport a 2009. Et, dans les 100 entreprises couvertes par l’enquête, seulement 4 femmes occupaient des postes à haute responsabilité.

Une enquête menée par The Economist affirme que l’accès à l’éducation et l’emploi a conduit les femmes au Japon, Taiwan, Corée du Sud et Hong Kong à choisir de se marier plus tard, à l’âge moyen de 29-30 ans. Alors qu’en Inde, l’âge moyen auquel une femme se marie est toujours 20 ans. En outre, tandis que 80 % des personnes interrogées en Chine pensent qu’une femme doit choisir son mari, seulement 20 à 30 % des personnes interrogées en Inde sont d’accord ; les mariages arrangés sont encore la norme. Une étude réalisée par Nielsen a établi que les femmes indiennes sont les plus stressées du monde, 89 % d’entre elles disant qu’elles se sentent stressées la plupart du temps.

(…)

Nous ne battons plus pour obtenir un emploi, mais nous nous battons pour avoir le droit de le garder tout en étant respectée, et pour obtenir la mise en place d’un système qui nous permette de le faire bien, sans burn out. Nous nous battons pour tout cela – obtenir un poste à responsabilité, mais tout en étant une bonne mère et fille et épouse et belle fille et amie, si c’est que qu’il nous plaît. Ou de quitter son emploi juste avant de se marier, si on s’en sent le droit. Dans les zones rurales, des groupes d’entraide aident les femmes à démarrer de petites entreprises qui deviennent souvent florissantes ; plusieurs jeunes femmes continuent de quitter leurs villages pour trouver de nouveaux emplois et de nouvelles vies dans les métropoles. A travers notre travail chez ELLE, mes collègues et moi-même rencontrons plusieurs femmes qui ont réussi, qui se taillent une carrière sur mesure malgré les obstacles, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles sont source d’inspiration. (…)

Mais Stephanie Coontz, historienne et auteur de A Strange Stirring, nous alerte : « Pourtant, les avantages du féminisme ont été inégalement répartis, parce que le mouvement vers l’égalité des sexes et la neutralité entre les sexes a été contré dans une large mesure par l’augmentation des inégalités économiques. »

(…)

Peut-être alors que la solution est de reconquérir le mot « féministe », et de l’élaguer pour qu’il s’adapte à la vie de chaque femme, où qu’elle soit et quoi qu’elle fasse. Peut-être qu’il y a une héroïne en chacune d’entre nous, et tout ce que nous devons faire est d’arrêter d’essayer d’être une superwoman qui peut satisfaire tout le monde et atteindre chacun de ses objectifs. Etre féministe ne signifie pas être un jongleur ou brûler son soutien-gorge. Cela signifie simplement se préparer un emploi du temps plus agréable, et aider les autres femmes à faire de même. Cela signifie rendre le personnel politique. « 

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